La dysplasie du chien

De nombreux propriétaires de chiens ont déjà entendu parler de cette pathologie sans pour autant toujours bien en comprendre le sens… confusions ou imprécisions y sont même souvent associées. Cet article vous aidera à mieux comprendre cette affection qui touche majoritairement les grands chiens et pouvant compromettre leur mobilité, parfois jusqu’à un handicap sévère.

La dysplasie, qu’est-ce que c’est?

Etymologiquement, dys– exprime une idée de difficulté, et –plasie (-platis en grec ancien) celle de l’action de façonner, de modeler. Rapportée au chien, la dysplasie correspond à une mauvaise conformation d’une ou plusieurs articulations osseuses ; elle survient au cours de la période embryonnaire ou après la naissance. N’importe quelle articulation peut être concernée par une dysplasie mais on en recense 3 principales chez le chien : l’épaule, le coude et la hanche.

Quels chiens sont concernés par la dysplasie ?

Dans l’absolu, tous les chiens peuvent souffrir d’une dysplasie. Cependant, majoritairement, les chiens de grande race sont concernés. Pour exemple, près de 60% des chiens de race Cane Corso présentent une dysplasie de hanche. Il n’y a pas de prédisposition de sexe établie, mais le caractère héréditaire de cette maladie n’est plus contesté. Ainsi, un chien issu d’un élevage dans lequel les reproducteurs sont reconnus dysplasiques de haut grade, a une forte probabilité de l’être lui même… et inversement, des parents indemnes procurent une forte probabilité à leurs chiots de ne pas en souffrir.

Pour autant, cette tare génétique peut être compensée par un contexte environnemental favorable et ainsi permettre de l’effacer ou de l’atténuer. A l’inverse, une mauvaise qualité d’alimentation ou une activité physique inadaptée au cours de la croissance du chiot sont des facteurs favorisant l’expression clinique de la dysplasie.

Comment puis-je savoir si mon chien est dysplasique?

Tout d’abord, il est important de distinguer d’un côté, le diagnostic de dysplasie, et de l’autre côté, la symptomatologie affectant l’appareil locomoteur. En effet un chien qui boite ne signifie pas nécessairement qu’il est dysplasique, et un chien dysplasique peut ne présenter aucun symptôme orthopédique.

Ainsi, il apparaît deux stratégies dans la démarche pour savoir si votre chien est atteint de dysplasie : le dépistage précoce d’une part, et la suspicion clinique d’autre part.

Le dépistage doit être envisagé dès les premiers mois de vie pour tous les chiens de grande race (plus de 20 kg), ainsi que pour tous les chiens ayant des parents diagnostiqués dysplasique ou souffrant de perte de mobilité. Du diagnostic précoce dépendra le potentiel de récupération du chiot et le pronostic ambulatoire de celui-ci plus tardivement à l’âge adulte.

Quant à la suspicion clinique, elle repose sur l’observation des symptômes orthopédiques et généraux du chien pouvant apparaître tout au long de la vie de l’animal, à partir de 5 mois d’âge jusqu’à plus de 10 ans. Une légère boiterie, une réticence à marcher, une baisse de forme, une démarche modifiée, une position assise ou couchée peu conventionnelle… sont autant de bonne raison de vous poser cette question et d’en parler à votre vétérinaire.

Seul un vétérinaire peut établir avec certitude le diagnostic de dysplasie. Un éleveur ou un vendeur en animalerie ne sont pas en capacité (médicale et technique) de vous dire si un chiot qu’il vous a remis est exempt de dysplasie (argument commercial avancé) ; toujours porter le doute sur un discours trop catégorique sur cette maladie.

Afin de diagnostiquer une dysplasie, votre vétérinaire effectue un examen clinique et orthopédique rigoureux. Des douleurs lors de l’hyperextension ou de l’hyperflexion de l’épaule, du coude et des hanches sont généralement observées ; des craquements peuvent également être ressentis pendant ces manipulations ; dans le cas des hanches, une laxité articulaire est mise en évidence, ce qui signifie que la tête fémorale peut sortir partiellement de la cavité acétabulaire.

Ces éléments cliniques doivent être confortés par des examens d’imagerie réalisés sous anesthésie générale. En effet, les clichés radiographiques sont réalisés sous contrainte physique potentiellement douloureuse, afin de montrer d’éventuelles lésions ostéo-cartilagineuses, des problèmes de congruence articulaire, ou encore, dans le cas des hanches, de créer une subluxation de celles-ci. Dans de rares cas, des examens d’imagerie plus poussés peuvent être indiqués, comme le scanner ou l’arthroscopie.

Ces examens permettent de donner un grade à la dysplasie (généralement de A pour une bonne conformation, à E pour des signes sévères de dysplasie… mais il existe d’autres systèmes de notation). Le chien doit avoir un an révolu pour une radio légale, et cette radio doit être interprétée par un lecteur officiel.

Mon chien est dysplasique, que faire?

Si votre chien a pu être dépisté suffisamment tôt, certaines mesures environnementales et hygiéniques amélioreront le pronostic, particulièrement dans le cadre de la dysplasie des hanches ; il faudra veiller à mettre l’animal dans un environnement adapté pendant les 2 premières années de vie, et plus particulièrement avant ses 5 mois ; une espace de vie libre, de plain-pied avec un sol non glissant et accidenté est recommandé. Une activité physique régulière mais peu intense doit être contrôlée. A cela doivent s’ajouter des mesures diététiques : une alimentation de bonne qualité mais sans excès énergétique permet d’éviter une croissance trop rapide.

Enfin selon l’âge du chien, le type de dysplasie et son grade, il existe des possibilités d’intervention chirurgicale préventive ou correctrice, allant jusqu’à la prothèse articulaire.

En revanche, si votre chien présente déjà des symptômes et qu’une chirurgie ne peut être envisagée, un traitement conservateur doit être rapidement mis en place par votre vétérinaire. En effet, la dysplasie favorise l’arthrose, processus dégénératif et irréversible des cartilages articulaires. Ce traitement repose sur plusieurs pans fondamentaux :

  • Gestion de la douleur de façon graduelle et au besoin, tout au long de la vie de votre chien
  • Mesures diététiques : aliment faiblement calorique et compléments alimentaires
  • Mesures hygiéniques : perte de poids avec pour objectif un poids inférieur au poids de forme, limitation en fréquence et intensité de l’activité…
  • Physiothérapie : renforcement musculaire, rééducation, balnéothérapie…
  • Médecine douce et alternative : ostéopathie, homéopathie, phytothérapie, acupuncture… selon la sensibilité du propriétaire

L’objectif de ce traitement n’est pas une « guérison » mais un confort de vie acceptable pour l’animal et son propriétaire, avant d’arriver à une situation de handicap sévère… souvent et justement à l’origine d’une décision d’euthanasie.

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